Générations.
Cette dernière semaine a été « rude ». Encore hier soir : presque trois heures de rendez-vous et d’entretien dont l’avenir dépend.
Et trois sentiments dominent :
1.le souvenir d’un enfant d’une dizaine d’années qui a aimé l’école pour échapper à l’étroitesse familiale. Sa souffrance d’alors aura été d’être « petit » par son âge (ses gentils camarades de classe se moquaient du « bébé » qui avait un an d’avance et qui travaillait bien…) et déjà mûr et responsable intellectuellement. Son enfance et son adolescence, il les a passées à attendre d’être « en âge de »… Il avait des désirs de « grand » mais il avait compris qu’il ne pouvait pas les assumer ni les vivre. Il était trop jeune. Il a connu ainsi des étés et des hivers durant lesquels il a cultivé son monde intérieur et son imaginaire. Grand lecteur, il a beaucoup rêvé. Puis masturbé. Il n’a jamais été « caractériel » : il n’était pas de ces sujets qui pètent les plombs parce qu’ils n’ont pas immédiatement ce dont ils ont envie.
2.l’impression d’une société qui nourrit l’agressivité gratuite et le ressentiment. De plus en plus nombreux sont les individus qui »se la jouent, qui « se la pètent » et qui pensent qu’avoir de la personnalité doit se traduire par de l’arrogance et du mépris. Rimbaud prônait « le dérèglement de tous les sens » afin de se faire voyant et d’échapper à la médiocrité quotidienne et à l’ordre bourgeois. Aujourd’hui, à l’époque « du Prozac, du Valium et du shit pour tous », c’est à un dérèglement généralisé des comportements auquel on est en permanence confronté. C’est exténuant pour « les anticonformistes » et les rebelles véritables, ceux qui n’ont pas besoin de le crier à chaque seconde pour organiser leur vie en étant affranchis du regard « formaté » des autres.
3.l’intuition que, malgré les difficultés et les avanies, je dois continuer, maintenir le cap en ne cédant jamais à la pression du moment : l’opinion courante, l’air du temps, les hésitations distillées, le « roman familial » dans lequel beaucoup se complaisent préférant transformer en épopée mythomaniaques leurs hantises et leurs fantômes.
L’avenir dure longtemps…


